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Après trois Diagonales des Fous sur l’île de la Réunion et des souvenirs innombrables, le scénariste Fabrice Cifré nous dévoile les coulisses de la BD du Grand Raid. Un projet participatif où chacun vit sa propre aventure sur les sentiers Réunionnais.

 

Pouvez-vous vous présenter en tant que traileur et auteur ?

Ce que vous aimez dans la vie ?

J’ai commencé à courir en 2003 à l’âge de 30 ans en participant à des Raids MultiSport avant de basculer sur le trail en 2006. La Diagonale des fous a été mon premier trail mais à l’époque il n’y avait que 143km. Quand je m’entrainais régulièrement j’arrivais à me placer dans le second quart des classements mais depuis que j’écris,  je fais plutôt les fermetures de course. Mon travail d’écriture a débuté en 2006 en même temps que le trail. On était peu nombreux sur les sentiers à l’époque et je rédigeais un compte rendu de course après chaque épreuve pour donner envie aux copains de suivre le mouvement. De temps en temps je publiais un article dans le magazine Esprit Trail.
Ce que j’aime ? Découvrir de nouvelles activités. J’ai testé le basket, le rugby, la plongée et le tir subaquatique, la voile, l’escalade, la peinture, l’écriture, etc… J’aime apprendre et varier les plaisirs.

Comment se sont déroulés vos 3 diagonales ? Vos souvenirs marquants ?

Chaque édition du Grand Raid est vraiment différente. La première fois c’est celle qui marque le plus. On se lance dans ce défi qui semble énorme et on découvre… Je suis parti seul à la Réunion, je n’avais jamais couru plus de 40 km et je me souviens de tout : les sentiers, la température, les coureurs rencontrés, les ravitaillements et les bénévoles. J’ai tout le film dans la tête. J’ai terminé à la 696ème place.

 

La seconde fois, en 2009, on a pris le départ sous des trombes d’eau. J’étais un peu mieux préparé et je savais à quoi m’attendre. La famille était là pour m’encourager sur les bases vie, ça apporte une autre dimension à l’épreuve. J’ai terminé à la 471ème place. En 2018 je n’avais pas eu le temps de m’entrainer car je travaillais sur la bande dessinée. J’ai eu plus de mal et des blessures pendant la course (chevilles et genoux). Arrivé au km120 (sur 165km) je ne pouvais plus avancer mais je ne voulais pas abandonner. Les kinés ont sauvé ma course, ils m’ont fait de gros strap et j’ai pu repartir en marchant. J’ai terminé à la 1594ème place.

Quand vous est venue cette idée ?

J’aime la bande dessinée et j’avais envie d’en lire une sur le Grand Raid. Comme il n’y en avait pas je me prenais à rêver d’en faire une mais ce n’était pas plus réaliste que de s’imaginer gagner la Diagonale des fous. Et puis j’ai rencontré une illustratrice qui m’a dit « c’est simple, tu écris une histoire, tu vas voir un éditeur et il s’occupera de tout ».

J’étais plutôt sceptique mais comme j’aime les défis, je me suis dit « pourquoi pas… » A noter : le truc simple « tu vas voir un éditeur qui s’occupera de tout », cela ne fonctionne pas du tout ! 

Pourquoi la Diagonale des fous ?

J’ai fait beaucoup de trails dans différentes régions et pays. Il y en a d’autres qui sont superbes et qui apportent chacun une ambiance particulière mais le Grand Raid a quelque chose qu’aucun autre trail n’aura jamais : Les réunionnais. La difficulté du parcours en a fait un mythe. Les organisateurs en ont fait un événement exceptionnel en préservant l’authenticité des premières éditions. Et les réunionnais l’ont transformé en légende. Les spectateurs encouragent les coureurs du début à la fin du parcours, à toutes heures de la nuit et même dans des endroits improbables au milieu de Mafate. Et au-delà de la foule, c’est toute l’île qui dégagent une énergie immense. Le Grand Raid offre beaucoup de choses à raconter.

Combien de personnes ont travaillés sur la BD ? Sur combien de temps ?

L’équipe de base est composée de 3 personnes : scénariste (moi), dessinateur (Guillaume Albin) et coloriste (Cyril Vincent). Autour de nous beaucoup de personnes ont participé au projet en donnant de leur temps : Jason Hebert pour le site web, Sylvie Honnet et Hélène Ampère pour les corrections, Henri-Jacques Célarier pour la campagne de financement participatif, ma sœur Christel et tous les copains coureurs : Frédéric, Pascal, Daniel, Patrick, etc. J’ai également reçu l’aide de nombreux amis qui ont aidé à faire connaitre ce projet.
Il a fallu 3 ans au total pour aboutir à l’impression de cet album. Pour moi La Diagonale des fous était un 1 ier album mais pour le dessinateur Guillaume Albin c’était son 5 ème et le coloriste Cyril Vincent a déjà dépassé la trentaine d’albums !

L’histoire est-elle basée sur des faits réels ou imaginés ?

C’est un peu des deux. Il y a une partie des évènements qui me sont arrivés. En particulier les hallucinations nocturnes même si je n’ai pas vu des dodos… En dehors des élites qui courent moins longtemps, je pense que le manque de sommeil impacte beaucoup de coureurs. D’autres anecdotes de l’album m’ont été rapportées par des amis et j’ai aussi interrogé un bon nombre de coureurs pour essayer de couvrir le plus de situations possibles. Une petite part a également été inventée tout en restant dans l’esprit de cette aventure.

Qu’est-ce qui est intéressant pour les lecteurs au fil de votre histoire ?

L’idée était de placer le lecteur au centre de la course pour que chacun puisse vivre ou revivre cette aventure.
L’intérêt pour le lecteur c’est de découvrir tout ce que l’on ressent lorsque l’on participe à ce genre d’aventure.

Quelle image souhaitez-vous diffuser dans la sphère du trail ?

J’ai fait cet album pour partager la passion du trail running. J’ai piloté le projet mais c’est un album participatif auquel de nombreux coureurs ont contribué. J’ai souhaité montrer que le trail offre de belles aventures et porte des bonnes valeurs. J’espère que les organisateurs de course pourront conserver cet esprit sans basculer dans le 100% business.

Comment s’est déroulé la collaboration avec l’association du Grand Raid ? 

L’association du Grand Raid a soutenu le projet dès le début, ils m’ont fortement aidé en relayant les communications de la Bande Dessinée et n’ont absolument rien demandé en retour. Ce fût un plaisir d’échanger avec eux et je les remercie pour leur aide.

Où peux-t-on retrouver/commander votre BD ?

La BD sur La Diagonale des fous sera bientôt en rupture de stock en Métropole. Il en reste encore un peu à la Réunion. Les dernières commandes ne sont possibles qu’en librairie. Le prix de vente est de 15,95€ TTC Il y aura peut-être une seconde édition mais dans ce cas on devra augmenter le prix de vente à cause des frais d’impression. Une version anglaise de La BD sur La Diagonale des fous est à l’étude. On a eu des coureurs Chinois et Finlandais qui ont acheté l’album « pour les images » mais sans parler un mot de français.

Pouvez-vous nous parler un peu plus du financement participatif pour votre BD ? Les espérances du début étaient-elles au rendez-vous ?

Cette étape a sans doute été la plus intense du projet. Le coût total de création était de 35.000€ et on voulait obtenir au moins 50% du budget en financement participatif pour se lancer. On a demandé 17.000€, la campagne dure 30 jours et si la somme n’est pas atteinte au bout des 30 jours, tous les contributeurs sont remboursés et le projet annulé. Le dernier jour de la campagne on était à 92% de l’objectif. On prenait un shoot d’adrénaline à chaque fois que le curseur montait. On a terminé à 107% et on a pu commencer à travailler. Au final l’Urssaf est passé par là ainsi que la plateforme participative et les impôts, il n’est resté que 12.000€ mais on avait gagné en confiance. Pour le reste il a fallu que je vide mon livret A.

Pensez-vous à une suite ou à une autre histoire sur une autre course ?

Je n’avais pas envie de renouveler l’expérience parce que dans l’édition on a plus de chances de perdre de l’argent que d’en gagner et surtout cela prend beaucoup de temps et empiète sur la vie familiale. Mais c’était une très belle aventure, je pense que l’on forme une bonne équipe avec Guillaume Albin au dessin et Cyril Vincent à la couleur. Alors réaliser une BD je crois que c’est comme courir le Grand Raid : pendant l’épreuve on se demande « pourquoi on fait ça » et on se dit « plus jamais ça »… mais dès que l’on a passé la ligne d’arrivée, on n’a qu’une envie, c’est d’y retourner ! …l’écriture du Trail 2 est en cours et l’album devrait sortir en 2021.

Souhaitez-vous ajouter quelques choses pour les lecteurs d’Outdoor And News ?

Je pense que vos lecteurs sont des passionnés de sports, d’aventures et de défis alors je n’ai qu’une chose à leur dire : continuez à vivre intensément et n’oubliez pas que rien n’est impossible !

Rédaction : Julien FRENOY