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BIENVENUE À

“SPAIN MOUNTAIN”

THE WAY OF LEGENDS, C’EST UN TRAIL DE 255 KM EN SIX JOURS DANS LA RÉGION MONTAGNEUSE DE BURGOS, EN ESPAGNE.

23 ULTRAS-FONDUS DE 12 NATIONALITÉS S’Y SONT FROTTÉ, DONT VÉRONIQUE, QUI NOUS RACONTE SON ÉPOPÉE.

Par Véronique Messina

 

C’est ma cinquième course par étapes, un peu plus longue que mes précédentes. Outre le décor, j’ai été attirée par les prestations proposées: lits, douches chaudes, massages (en option), nourriture bio et végétarienne mais aussi l’ambiance. Je connais Manu, l’organisateur, et quelques coureurs. Chaque étape est inspirée d’une légende qui nous transporte dans un monde de guerriers et d’héroïsme. Cinq jours à courir un marathon ou plus, et une dernière étape de 13 km pour finir au pied de la cathédrale de Burgos, tout ça en montagne, avec du dénivelé.

 

ERREUR D’AIGUILLAGE

 

 Jour 1 : 48 km, 1 600 m D +, 2 000 m D-

 Mieux vaut être mort qu’esclave… Manu donne le ton. Il est 8 h, deux druides nous accueillent au son du tambour, et nous encouragent en langue celtique. On s’élance sur le site d’une ancienne bataille où les Celtes ont humilié la légion romaine. J’essaie de bien me placer, sans me retourner. Je m’accroche dans les montées, et vole dans les descentes. Je finis première fille et troisième au général, mon meilleur classement – qui laissera des traces. Ma concurrente est 30 minutes derrière. Je connais bien Nary et je sais qu’elle ne va pas se laisser faire !

 Jour 2 : 51 km, 1 300 m D +, 1 400 m D-

 Nary est au taquet, moi, j’ai des jambes en bois. Elle part en trombe quand je peine à 11 km/h… Les kilomètres défilent sur un single track de 14 km en bord de rivière. Première ascension, je devine Nary au loin, mais je me perds au km 23. Je parcours 500 m avant de rebrousser chemin. Je peste et me remets à trottiner. Km 34, je vois Nary devant, on dirait qu’elle se rapproche… Le moral remonte! 15 km de plat au milieu des éoliennes, les jambes sont lourdes, mais j’essaie de tenir. Je commence avec 1 km de course, 100 m de marche, puis 2 km de course, 100 m de marche… Ça fonctionne, je dépasse Nary, et parviens à enchaîner 5 km sans marcher. Km 47, c’est 5 km de descente jusqu’au camp. Ouf! J’essaie de reprendre du rythme malgré mes muscles raides, et termine 6 minutes devant ma concurrente. J’ai limité la casse, mais à quel prix…

 Jour 3 h 47 km, 1 100 m D +, 780 m D-

 Manu nous annonce un chemin ondulé sur toute l’étape… Nary carbure dès le départ, je m’accroche, puis me rapproche. Nous arrivons ensemble au CP 2 (km 25). Je grignote des fruits secs et je retrouve Nary quelques kilomètres plus loin, on court ensemble jusqu’au km 33, puis je ne la vois plus. Je doute et cours chaque kilomètre de peur de la voir surgir. Je finirai en 4 h 49, 15 minutes devant elle.

 

GELÉE ET PURÉE DE POIS

 

Jour 4 h 54 km, 2 000 m D +,1 700 m D-

 

C’est l’étape montagne, la grande, la longue, celle qui fait peur. Et pas plus de 10 °C annoncés au sommet, à 2000m. On part sous les nuages, 28 km de  plat dans la forêt avant d’attaquer les 1 000 m d’ascension. J’oublie Nary. Mon ennemie aujourd’hui, c’est la météo : il commence à pleuvoir et la boue colle aux chaussures. Au CP2, je m’équipe et déplie mes bâtons. Le brouillard et le vent se lèvent. Le rythme ralentit… Mes mains gèlent, mes cuisses rougissent, mes muscles se crispent. La visibilité est quasi nulle, le vent fait un boucan d’enfer. J’espère le CP 3 (km 38) après chaque virage, mais toujours cette purée de pois et… rien. Enfin, sur le chemin, un bénévole m’indique le CP, je me réfugie à l’abri près d’un feu de bois. Impossible de me changer, mes mains sont paralysées – il fait 2 °C dehors. C’est Laura, l’une des volontaires qui gentiment s’en charge. Je repars pour 6 kilomètres avec Maik, un Allemand qui veillera sur moi jusqu’en haut. J’entame les 8 km (interminables) de descente avec prudence. Cette journée dingue aura duré sept heures. Je suis épuisée. Je n’avais jamais couru dans de telles conditions, je sais désormais qu’il me faut plus de sept heures pour mourir d’hypothermie!

Jour 5 : marathon ! 42 km, 600 m D +, 800 m D-

 

Comment courir après la journée d’hier ? ! En morcelant. Un marathon, c’est 4 fois 10 km, 8 fois 5 km, 3 CP, 5 pauses goûter. Et puis, 25 km plat en sous-bois automnal, c’est magnifique! J’applique ma technique: 5 km de course, 100 m de marche pour boire et m’alimenter. Je parviens à garder mon rythme. Quelques montées en fin de parcours, où je marche. Et j’arrive enfin au monastère qui nous hébergera cette nuit. J’ai fini en moins de 4 h 15, j’en vois le bout!

UN BOUCLIER BIEN MÉRITÉ !

 

 Jour 6 : 13 km, 200 m D +, 300 m D-

 

 Le long de la rivière, je ne traîne pas car j’ai hâte que tout s’arrête. Nous arrivons dans la ville de Burgos, au pied de la cathédrale, au milieu des touristes et des pèlerins du chemin de Saint-Jacques. Finisheuse ! J’ai gagné mon bouclier de guerrière et j’en suis fière ! Ce que j’aime avec l’ultra, ce sont les rencontres. Je retiendrai Sander et ses sandales, un Belge qui a couru chaussé comme un gladiateur, Nora, la cadette du groupe, et son chien Lili – le duo a été notre mascotte. L’ultra, c’est aussi et surtout apprendre à gérer ses émotions. À les accepter et les détourner pour ne pas qu’elles prennent le contrôle. On se sent vivant à 200 %. Avant, pendant, après. ça rend plus fort.

 

 

 

L’édition 2018 aura lieu du 21 au 29 septembre prochain !Le top départ est donné le matin du 23, s’ensuivront 6 journées de course / étape de respectivement 48km, 51km, 47km, 52km, 42km et 13km pour la dernière journée ! Dans le tarif d’inscription comptez le dossard, les hébergements en étapes, les repas (diner et petit déjeuner). Il vous faudra être autonome en journée par contre ! Retrouvez toutes les informations sur le site de la COURSE

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