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Cela fait maintenant un mois que Ultra Trail du Mont Blanc – UTMB est derrière, emporté par les premières fraicheurs automnales. Il s’agissait du premier volet de mon petit challenge personnel : l’enchainement de ces deux mythiques épreuves. Voici enfin une… pas petite histoire de cette aventure.
Un énorme merci à vous toutes et tous qui me donnez tant d’énergie par vos simples pensées. 😘

UTMB : la machine à émotions.
Partie 1: « Dans la nuit sombre et obscure de la Lune noire »
Cette course est réellement une chose à part. Comme un jeu pour lequel on devient addict, que l’on adore et que l’on déteste parfois, sans comprendre par quel effet magnétique, l’on se retrouve toujours attiré par le Gros Cailloux Chamoniard, autour duquel nous sommes 2500 Junkies des sentiers, à graviter chaque année fin Août !

Comme chaque année, le plateau est l’un des plus relevé du circuit Ultra et la fête autour de l’événement est particulièrement réussie.
Cette année, je rempile pour une septième fois sur le 170 km. Ma dernière tentative remonte à 2015, et malgré une cheville en vrac cette année-là, je bouclais la course version longue pour la première fois (trois abandons et deux versions raccourcies terminées lors de mes précédentes participations) en 26h14.

Cette année, je suis parti avec pour idée de me rapprocher de la barre tant convoitée des 24h.
J’ai établi un tableau de marche de 24h20, qui me paraît réalisable.
L’avant course est toujours un mélange de grand plaisir et de stress.
Malgré le confort offert par Le refuge de La Croix Pierre aux Saisies, puis par Teddy Mansiat dans son chalet des Houches, j’ai du mal à trouver le sommeil que ce soit à la sieste ou le soir tard. Je suis comme un jeune cadet à la veille de son premier cross !
Mais je prends ces moments comme partie intégrante du plaisir d’un grand rendez-vous.
La veille de la course, participant à une étude scientifique sur la fatigue Neuro Musculaire, je passe par l’ENSA de Chamonix pour une batterie de 2h30 de test sur tapis et machines iso cinétiques entre autres, sous la direction du Professeur (et ami) Guillaume Millet. Un moment très enrichissant et finalement moins fatiguant que je ne le pensais.
J’adore ces moments d’avant course entre retrouvailles de l’équipe @instinct sur le salon, ainsi que de nombreuses connaissances, et derniers préparatifs en compagnie de Cédric Chavet, Katy et les amis.
Un dernier footing vendredi matin, guidé par Teddy Mansiat et nous y voilà !

Place du Triangle de l’Amitié 17h59…
La musique de Vangelis 1492 claque à nos oreilles et celle de dizaines de milliers de spectateurs ou téléspectateurs en direct.
A ce moment-là je savoure cet instant en fermant les yeux. Je m’envole dans ma bulle émotionnelle.
Trois… deux… un… c’est parti !

Me voilà happé par l’avant et poussé par l’arrière comme un insecte tombé dans un puissant torrent de montagne.
La foule massée de part et d’autre de la rue principale de Chamonix est impressionnante ! Nous sommes portés par les cris et encouragements qui fusent de toute part.
Mais là est le piège : ne pas s’emballer. La route est longue.
Passé l’euphorie du premier kilomètre, je me remets dans ma bulle et laisse filer les avions de chasse et les inconscients.
Je passe au Houches km 8 en compagnie de beau monde : les frérots Camus, Germain Grangier, Julien Jorro, Sebastien Henri et bien d’autres.
Contrairement à d’habitude, malgré l’emballement général du départ, je suis satisfait de mon rythme, d’autant que le cardio est bien maîtrisé.
La première « bosse », en binôme avec Seb Henri passe impeccablement bien.
Nous engageons la possibilité de faire un maximum de distance tous les deux en papotant tranquillou, mais à l’approche de St Gervais, Sébastien, raisonnable jusqu’ici, se laisse aller dans la descente goudronnée. Je ne le suis pas et reste sage.
Je passe à St Gervais (km 21) avec 3/4 mn d’avance sur mon prévisionnel. Je les restituerai rapidement sur la section suivante des Contamines, où mes qualités de rouleur pêchent un peu sur ces portions de relance.
Les Contamines (km 31), voici notre première assistance et la dernière jusqu’à Courmayer (soit plus de 7h de progression pour moi).
Je suis vraiment heureux d’y retrouver Ma chérie, qui orchestre ce moment si important avec une bienveillance absolue et sans fausse note.
Je repars très vite, avec ma frontale Stoots chargée pour le reste de la nuit, mes flasques pleines de boisson effinov, tout le ravitaillement nécessaire et une bonne dose de purée au poulet rassasiante, dans l’estomac.
Prêt à affronter la nuit alpine.
La suite est roulante jusqu’à la Balme, hormis peut-être la grimpette aux flambeaux de la magnifique voie Romaine.
Voici la Balme : dernier îlot de lumière avant la sombre froideur de la montagne, par une nuit de lune noire !
Une vieille connaissance m’encourage chaleureusement : Philippe Delachenal, figure du monde Trail depuis les débuts de ce sport, illumine mon chemin par sa présence et son sourire. Toujours aussi bavard et enthousiaste, il me fait du bien au moral.
Ça tombe bien car il va en falloir à partir de là.
Direction le Col du Bonhomme.
Dans la partie haute de l’ascension, le spectacle est grandiose : un serpent lumineux s’étend au loin vers la vallée tel une voie lactée ruisselant sur les pentes de la montagne.
A l’approche du sommet, je subis un peu l’effort. Les longues portions roulantes de ce début de course m’ont un peu émoussé.
Au pointage, j’ai environ dix minutes de retard sur mes prévisionnels.
Je fais la descente sur les Chapieux à bon rythme, tout en restant prudent. J’en profite pour grappiller quelques places et quelques minutes perdues à la monté.
Après un rapide contrôle de matériel obligatoire puis un rapide ravitaillement, me voilà reparti à l’assaut du Col de la Seigne et la frontière Italienne. 🇮🇹
Comme pendant la dernière Diagonale des Fous, je cours ici en compagnie de Mimi Kotka et Jérôme Lucas. Il n’y a que l’environnement qui change !
Et comme au Grand Raid, je lâche un peu de temps sur eux dans la montée pour le récupérer dans la descente suivante.
Le sommet des Pyramides Calcaires, comme les deux précédents passages au-dessus de 2400 m d’altitude, est un peu dur à passer : le souffle est court et les jambes lourdes.
Mais je me refais rapidement la cerise dans la belle descente suivante, jonchée de beau cailloux.
Passage éclair au ravitaillement du Lac Combal, juste pour recharger une flasque en #Hydraminov.
L’arrête Mont Favre est gravie en compagnie de @Guillaume Bauxis qui remonte tranquillement après une mauvaise passe.
Une belle descente plus bas et me voilà à Courmayeur (km 81).
C’est encore sept places de glanées dans la descente.
Quel bonheur de retrouver mon assistance de choc en ce point clé de la course.
Ravitaillement chaud, (purée, café, Flan maison) et c’est reparti en trois minutes montre en main !
Les copains sont là à la sortie pour me motiver et comme me le dis au passage Christophe Malarde: « Ça sent la belle journée ça ! »

Partie 2 : Une Journée pas comme les autres !

La course commence bientôt pour moi : il va être temps d’entrer en résistance face à soi-même pour ne pas plier sous les contraintes de l’effort au long cours.
Ça commence par un petit 8-900 m+ jusqu’au Refuge Bertone. Puis une splendide traversée en balcon pour rejoindre Bonati.
Ici le jour se lève et le spectacle est grandiose : toute la face Italienne du Mont Blanc s’illumine sous le puissant projecteur « soleil ».
Arnuva (km 98) et son ravitaillement marque le début de la longue ascension jusqu’à la Frontière Suisse : le Grand Col Ferré.
Ce col très Alpin est un vrai bijou surtout à cette heure-ci : il réunit toutes les merveilles de ce tour du Mont Blanc, à commencer par une carte postale du Mont lui-même, exposé sous les plus belles lumières de ce levé de soleil.
Des alpages splendides où paissent de magnifiques petites vaches aux yeux vifs et pelage brillant, de la pente raide dominée par des glaciers austères, de l’altitude qui coupe les pattes mais offre un point de vue imprenable, sans oublier une frontière symbolisée par une belle borne en pierres de taille typique de ce GR. Nous « sautons » ici, au passage du Col dans le Valais Suisse. 🇨🇭
Au passage, de nombreux et courageux spectateurs ou bénévoles nous encouragent, eux même tout juste réchauffés par ces premiers rayons de soleil (ou une bonne grimpette).
La descente en direction de la Fouly est laborieuse. Il me faut un bon quart d’heure pour relancer les cuisses qui se refusent au mode excentrique imposé ici.
Malgré tout, je reprends un rythme correct au bout d’un moment.
A la Fouly je retrouve Guillaume Bauxis qui repart, je suis à distance talonné par Sylvain Court qui revient.
J’appréhende toujours cette section roulante jusqu’au pied de Champex : 11km tout en relance.
En compagnie de Sylvain qui a recollé, nous traversons Le pittoresques village de Pratz de Fort, lorsqu’avec surprise, une équipe de journalistes de France Télévision nous accoste et m’annonce que dans le cadre de ma participation à l’étude scientifique sur la fatigue neuro musculaire, pour laquelle ils réalisent un reportage pour le Magazine Stade 2, ils vont me suivre, filmer et m’interviewer régulièrement jusqu’à l’arrivée à Chamonix !
Quelle drôle d’idée ! Et surtout quelle surprise !
Ma foi… Cette équipe sympathique et joviale ne me gêne pas plus que cela, au contraire : le courant passe bien entre nous, même si dans la montée vers Champex, j’essuie une petite baisse de tension et manque un peu de watts !
Enfin, la base de vie de Champex-Lac (km 125).

Quel bonheur de revoir ma petite famille et les copains qui suivent avec passion. Je ressens leur plaisir de me voir ici en bonne place et leur joie communicative me fait du bien.
Même si j’arrive ici un peu « cramé » et déshydraté, l’ambiance de ce ravitaillement me requinquent et ça fait un bien fou !
J’en profite avec l’aide de ma chérie pour changer de t-shirt et passer en débardeur Instinct Sensation Ice. Je change également mes Altra Timp pour des Olympus bien moelleuses. Une dernière cuillerée de purée, je réajuste mon Sac #instinctEklipse sur le râble et c’est parti pour un dernier gros marathon de montagne.
Je ressors du ravitaillement en compagnie du coureur Madéran Fernando Texiera.
Sur la promenade presque bucolique des berges du Lac de Champex, la foulée est plutôt raccourcie par des jambes de plus en plus raide à ce stade de la course.
Malgré tout j’essaie d’accrocher Fernando qui, comme moi, alterne marche et course au premier faux plat montant.
J’ai bien du mal à allonger dans les sections de relance descendantes, je lâche un peu de terrain sur mon prédécesseur. Mais dès que la pente s’incline à la positive, je reviens en douceur.
Dans la grimpette sur L’alpage de Bovine, je suis distancé, mais revoilà mon ami Ugo qui peine à nouveau.
Arrivé à la bascule, un rapide coup d’œil dans le rétro me permet de voir qu’un coureur revient fort au loin.

J’entame la descente sur Trient comme celle du Grand Col Ferré : dans la douleur !
Mes quadri, se refusent au mode excentrique qu’impose la descente… il me faut bien quinze minutes de dur au mal pour retrouver un minimum d’efficacité à moindre douleur (du moins en ressenti) …
À l’approche du Col de la Forclaz, Cédric et Teddy, montés à ma rencontre m’encouragent au passage. Ça fait du bien !
Arrivé à Trient (km 140), Anne Sophie est là pour un ravitaillement et surtout me booster moralement. A part ma purée salée de l’eau et un peu de boisson Effinov, pas grand-chose ne passe. Mais j’ai connu bien pire !
Je repars dans les baskes de deux coureurs en direction de Catogne et la frontière qui nous permet de revenir sur le versant Français 🇫🇷 de la boucle.
Cette longue grimpette de 900 m+ est souvent éprouvant à ce stade de la course. Malgré tout j’arrive à accrocher un bon rythme qui me permet de revenir sur un des deux coureurs qui me précèdent.
Voici enfin le sommet ! Je suis très certainement en état de déshydratation, car l’envie de boire de l’eau m’envahi l’esprit ! Heureusement dans la descente sur Vallorcine, j’étanche ma soif au passage d’un ruisselet d’alpage.
Comme la précédente descente, je perds pas mal de temps à remettre les cuisses en mode descente et anesthésier les douleurs aux quadriceps. Mais je descends toujours plutôt bien malgré tout.
Voici Vallorcine (km 150), dernier point d’assistance jusqu’à l’arrivée.
Les amis dont Phiphi et Nadine sont là et m’encouragent à fond, comme depuis le début de cette belle balade.
Mon Grand Loulou m’accompagne jusqu’à l’entrée du ravitaillement. Il a l’air à fond et surtout heureux !
Je ressens bien ici l’enthousiasme de mes proches et notamment ma chérie qui m’assure à nouveau un rapide et dernier ravitaillement. Toujours sur une base de liquide, avec la recharge en boisson Hydraminov et une bonne tasse de purée maison.
Je repars rapidement pour « la dernière ligne droite » de ces 171 km…
Depuis plus de vingt et une heures de balade, je me martèle comme un leitmotiv que tout ce qui est couru, est un temps précieux de gagné sur mon objectif personnel. Cette portion jusqu’au Col des Montets, tout en faux plat grimant, est l’endroit idéal pour trottiner le plus possible. C’est un plaisir de pouvoir le faire, même à 8 ou 9 km/h.
Me voici au Col, je retrouve l’équipe TV de Stade 2 qui motive les spectateurs à m’encourager. L’ambiance à la traversée de route me redonne un maximum d’énergie pour la dure et longue montée jusqu’à la Tête au Vent.
Dans cette montée, Cédric, Katy, Josselin et Teddy me boostent un peu plus par leurs encouragements à mi- pente !
Enfin le sommet et le pointage…
Je réalise que depuis Vallorcine, j’ai récupéré du temps sur mes prévisionnels. La barre de moins de 25 heures est réalisable si je maintien un bon rythme.
La relance dans les secteurs de descente Jusqu’à la Flegère, s’avère compliquée, mais au fil des minutes mes cuisses m’autorisent un peu plus d’amplitude et de tolérance aux réceptions en contrebas.
La Flegère : enfin le point de bascule vers Chamonix !
Un rapide coup d’œil au chrono m’indique que la barrière symbolique pour moi des 24h45 de course est faisable.
Je donne tout ce qui me reste de fibres musculaires dans cette ultime glissade jusqu’à la ligne.
Comme par magie, la traversée des rues Chamoniarde bondées de public est glaçante ! Plus efficace qu’une séance de cryothérapie dans l’Arve.
Je retrouve des jambes légères comme des plumes. Quelles sensations !
Au passage, je récupère mon fiston Raphaël pour quelques centaines de mètres inoubliables… un vrai shoot émotionnel puissance dix !
24h44 de voyage et d’introspection, mais surtout de plaisir, même dans la souffrance.
La boucle est bouclée ici, Place du Triangle de l’Amitié, main dans la main avec mon garçon. Moment inoubliable. Ça n’a pas de prix !

 

« Épinelogue »
Maintenant place au repos… ah ! Bé non ! Direction le laboratoire de Guillaume Millet et ses copains pour toute une batterie de tests, qui malgré mes craintes, passeront comme une lettre à la poste !
Rendez-vous dans un mois et demi pour la suite de mon petit challenge personnel : le Grand Raid

Rédaction / Renaud ROUANET 
Crédit photos: Outdoor and News @Carolepipolo Jeremie Chapuis et les copains

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