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Jocelyne PAULY, vous ne la connaissez pas ? Ce petit bout de femme qui est entrain de devenir une véritable machine bien huilée dans notre microcosme : celui du monde de l’Ultra-Trail Running ! Elle est issue du sport collectif, plus précisément du Handball.


Elle va délaisser ses mains au profit de ses pieds… ( gardant ses mains pour ses jeunes enfants ! ) et elle n’est pas prête de s’arrêter, elle devient de plus en plus difficile à rattraper mais elle m’accorde néanmoins un peu de temps pour lui poser quelques questions !


Elle est dans le circuit depuis peu et présente un palmarès déjà vertigineux.

Vice championne de France en 2013 de France Marathon. Très à l’aise sur route, sur les différents formats proposés, elle va vite s’essayer au “Trail-running” et les joies de courir sur sentiers.
La Pyrénéenne envoie du lourd : c’est comme un signe si elle remporte une victoire à la maison sur le Grand Raid des Pyrénées (160 km / 10 000 D+) en 2015 avec un chrono de 30h et 12′

L’Ultra Mythique en Andorre (112 km / 9700 D+) l’année qui suit, et un 32h sur la Diagonales des Fous en fin de saison qui l’a place dans le “top 5”.
Là, l’heure n’est plus à la rigolade : les performances s’enchaînent…

2017 : Le Trail des Citadelles, Le Trail de la Vallée d’Ossau, La mythique 6000 D à la Plagne ou encore l’Endurance Trail des Templiers… Jocelyne devient carnivore et efficace avec comme moteur : la Passion !


C’est en 2018 que Jocelyne s’envole pour de bon avec notamment une troisième place sur l’Ultra Trail du Mont-Blanc (première participation) mais surtout une victoire de prestige quelques semaines après la joute chamoniarde sur le Grand Raid de la Réunion.

Jocelyne, vous courez depuis moins de quinze ans, pouvez-nous nous expliquer cette bascule “bitume” à “sentiers” ? Est-ce qu’il y a un événement déclencheur ?


J’ai mis mon premier dossard il y a 11 ans lors d’une petite course locale, en préparation d’une course par équipe (« de copains »), le Tour du Béarn. J’ai foulé l’asphalte durant 6 années avant de me diriger vers les sentiers. Au début, j’ai continué les courses sur route mais depuis 3 ans, je ne fais que du trail. L’élément déclencheur de cette bascule est la rencontre de mon compagnon, grand amateur de montagne et traileur de longue date.

Vous habitez PAU, parlez nous de votre “terrain de jeu” pour l’entraînement ? Sur quels sites vous vous préparez ? Vous avez un coach ? Combien de temps vous consacrez en moyenne à votre passion ?


Je fais mes séances de rythme et de récupération autour de chez moi, souvent aux alentours du bois de Pau. Pour mes séances de vallonné, je vais sur les coteaux de Buros, de Mazères ou d’Arbus. En ce qui concerne la montagne, je vais beaucoup en vallée d’Ossau car c’est le plus proche, parfois chez moi, en vallée d’Aspe, mais j’aime aussi beaucoup le Val d’Azun et les secteurs de Cauterets et Gavarnie.
J’ai un coach, Dimitri Grudet, qui me suit depuis trois ans. Il m’a beaucoup aidée à structurer mes séances et m’apporte beaucoup dans la préparation et l’analyse des courses et dans l’assistance en course. Je cours entre 100 et 110km par semaine soit 10h à 12h.

Votre alimentation au quotidien, vous suivez un régime particulier pour performer ? L’hydratation : vous consommez quoi ?


Au quotidien, je ne suis aucun régime particulier ! Je mange ce que j’aime soit beaucoup de légumes, de fruits, de yaourts et de fromage. Je bois de l’eau gazeuse, un peu de café et mon litre d’hépar quotidien 😊 !

C’est quoi qui vous fait vibrer dans le Trail ?


En quelques mots : partage, paysages, montagne, dépassement de soi.

Votre petit rituel d’avant course, vous nous le dévoilez ?


Je n’ai pas de rituel particulier hormis le fait de téléphoner ou envoyer un message à mes enfants, mes parents, mon frère et mon compagnon. Par contre, j’ai toujours dans mon sac à dos deux ou trois petits objets fétiches que je ne dévoilerai pas !

Peut-on dire que votre victoire sur le GRP en 2015 est précurseur de la suite de votre carrière de coureuse, une sorte de “match référence” ?


Le GRP 2015 était mon premier Ultra de 160km, avec deux jours et une nuit entière d’effort. C’était le flou le plus total, l’inconnu, l’aventure ! J’y ai pris beaucoup de plaisir, je me suis dépassée mais le seul objectif était de terminer. Il n’a été, pour moi, que précurseur à une envie de recommencer.

Euskal Trail 2018

Votre plus beau souvenir en course en pieds, vous l’avez en tête ?


Il y en a tellement !!! Jusqu’au mois d’Août, c’était la fin de course du Mitic en Andorre lorsqu’après 23h30 de lutte contre la chaleur, contre ce parcours si exigeant, contre cette coureuse espagnole qui ne lâche rien, contre moi-même et l’envie d’abandonner, je rattrape la première à 6 kms de l’arrivée et je franchis la ligne en tête ! Que d’émotions !
Mais à présent, revoir les images des arrivées de L’UTMB et de La Diagonale, me remet les larmes aux yeux ! J’ai vécu pendant et après ces deux courses des moments indescriptibles !

Votre moment le plus difficile à gérer et qui a pu vous marquer sur une course ?


J’ai abandonné une seule fois en 11 ans de course et cela restera gravé en moi pour toujours. C’était à Annecy, lors de la MaxiRace, en 2016. J’avais terminé l’euskal trail 130kms trois semaines auparavant avec une vive douleur au genou. Je suis partie à Annecy à la demande de Philippe Propage, entraineur de l’équipe de France, pour participer à une sorte de sélection. Mais c’était trop tôt, je n’avais pas récupéré ! Dimitri me l’avait dit mais je voulais essayer. J’y ai souffert physiquement et mentalement et j’ai eu du mal à m’en remettre. Maintenant, quand je prends un départ, j’y pense ; quand je suis dans le dur, j’y pense ; si je veux abandonner, j’y pense ! Et je me dis que ça ne peut pas être pire qu’à Annecy et je continue !

Une anecdote rigolote à nous témoigner ?


Tout le monde va se moquer de moi… Tant pis, j‘ose ! A l’UTMB, après le ravitaillement de La Fouly, Dimitri me dit en riant : « tu as Jim Walmsley juste devant, tu vas le doubler ! ». Je pars et je me dis : « il est aussi fatigué que moi Dimitri, il raconte n’importe quoi ! ». Et quelques minutes plus tard, je rejoins un coureur qui marche tant bien que mal. Je regarde son dossard et que vois-je : Dossard 1, Jim ! Je passe à côté, je le regarde, il me regarde et là, moment d’égarement, je lui dis : « Nice to meet you ! ». Il est resté sans voix et moi, je me suis sentie tellement nulle 😊! Mais c’était drôle !
Une deuxième, un peu moins drôle mais tellement mignonne. Un jour du mois d’Août 2018, à table, mes enfants décident de jouer à : Coca ou Fanta ? Mc Do ou Burger King ? Jornet ou D’Haene ? OM ou PSG ? Et toi maman, podium à l’UTMB ou victoire à La Diagonale ? 😊

Vous avez terminé deux des plus belles prestigieuses courses mondiales, à savoir l’UTMB et La Diagonale des Fous ? Alors, vous avez préféré laquelle ?


Réponse impossible ! Ce sont deux courses totalement différentes, que j’ai vécu différemment mais qui m’ont toutes deux procuré des émotions indescriptibles ! Je ne pourrais faire un choix ! Faites les deux et vous jugerez par vous-même 😊!

On ne peut plus vous qualifier d’outsider, de part votre polyvalence, vous êtes devenue redoutable, comment gérez-vous cette agitation naissante autour de vos exploits ?


J’ai été très sollicitée au retour de La Réunion par les médias locaux, par des élèves de lycées pour leurs journaux ou leurs exposés de travaux personnalisés du Bac, par des organisateurs de courses ou d’évènements. Tout en gardant la priorité à ma vie familiale et professionnelle, j’ai essayé de répondre favorablement à toutes ces demandes.
Mais je pense que cette « agitation » demeure locale. J’ai été la surprise 2018 et j’ai le sentiment que je vais le rester en 2019. Peu communicante, peu médiatique, je fais mon petit chemin de perpétuel outsider. Mais cela ne me dérange pas, je n’aime pas trop le feu des projecteurs !

Votre victoire en octobre dernier du côté de l’Océan Indien démontre une maturité exceptionnelle mais surtout une gestion dite de “métronome” qui me rappelle un certain Antoine GUILLON. Pouvez-vous nous résumer “votre” victoire sur le Grand Raid de la Réunion 2018 ?


Il me semble que le rapprochement n’a pas lieu d’être ! On parle quand même d’Antoine Guillon pour qui tout est analysé, réfléchi, organisé, pesé… Je suis une bleue à côté !
D’ailleurs, quand tu pars sur le Grand Raid de La Réunion et que ta frontale te lâche au bout de 2h, que tu t’arrêtes changer les piles et que tu oublies tes gants par terre, ce n’est vraiment pas la meilleure façon d’entrer dans la course. Donc une première partie de course difficile, sans jambes et un moral dans les chaussettes. Puis la descente vers Cilaos où je reviens sur Emilie Leconte et Nathalie Mauclair me redonne de l’énergie. A l’entrée dans Mafate, je suis troisième et une autre course commence ! La traversée des cirques se passe mieux qu’il y a deux ans malgré la chaleur et une vive douleur au genou ! Toutes les marches à monter ou à descendre sont un coup de couteau. Mais à Roche Plate, avant de remonter le Maïdo, Je retrouve Dimitri que j’avais quitté à Cilaos et son soutien et ses encouragements me font le plus grand bien ! Au sommet du Maïdo, mon retard sur la tête de course s’est réduit et Dimitri semble de plus en plus confiant en regardant devant, alors que je ne pense qu’à assurer sur les retours de derrière. Arrivée à Sans Soucis, je retrouve assistance et amis et mon retard n’est plus que de 6 minutes. Changement de chaussures express et me voilà repartie, regonflée comme jamais ! Je cours, je cours ; c’est à se demander si j’ai réellement 110kms dans les jambes ! Comme quoi, on a toujours de la réserve ! Et c’est ainsi que je reviens sur Mimmi Kotka en souffrance dans la montée vers chemin Ratineau et sur Audrey Tanguy dans la descente vers La Possession. Je la voyais de loin et elle marchait à des endroits où je courais, je suis passée et elle ne s’est pas accrochée ! Je me suis dit que c’était sans doute le moment décisif de la course !
A ce moment, je réalise que je suis en tête de la Diagonale des Fous ! J’arrive à La Possession avec plus de 20 minutes d’avance sous les cris de surprise de mon entourage. Il faut à présent gérer jusqu’à La Redoute ! Un petit coup de moins bien à Grande Chaloupe ! Pas de problème, Dimitri est là et me met gentiment un coup de pied aux fesses : « tu ne vas pas t’arrêter trop longtemps à 10kms de l’arrivée quand même !!! ». Allez ouste, c’est reparti ! dernière montée, dernière descente, la douleur persiste mais les larmes dans les yeux sont celles de joie ! Je pense à mes enfants, mon compagnon, ma famille, mes amis, tous ceux qui ont fait tinter mon téléphone durant 28h et je rentre dans le stade de La Redoute remplie de joie, d’émotions et au risque de paraître prétentieuse, de fierté !

Cette année vous fêtez vos 46 ans, je sais que votre calendrier est en cours d’élaboration, mais avez-vous une course qui vous tient à coeur de réaliser cette année ? L’Ultra-Trail World Tour sera-t-il au centre de vos projets cette année ? C’est bientôt la Transgrancanaria là, vous y retournez ?


Mon programme 2019 n’est effectivement pas encore établi excepté ma participation au MIUT (Madère Ultra Trail) fin Avril. Cette course m’attirait déjà l’an dernier mais mes obligations professionnelles m’ont empêché d’y aller. J’avais donc fait le choix de la TransGranCanaria qui se déroulait pendant les vacances scolaires mais je n’y retournerai pas cette année.
L’UTWT n’est pas un objectif en soi. Ce que je regarde en priorité, c’est l’attrait d’une course, qu’elle soit ou non affiliée à l’UTWT, qu’elle rapporte ou non des points ITRA ! Ce que j’aime, c’est voir et vivre des choses différentes et fortes, de préférence avec mes proches.
De ce fait, ce qui me tient à cœur n’est pas tant une course qu’un véritable défi ! Si je dis 330kms et 24000m de dénivelé, les connaisseurs sauront de quoi je parle… Mais pour cela, il faut attendre un tirage au sort favorable !

J’ai cru entendre que le TOR des Géants est votre plus grosse ambition actuellement, est-ce la seule ? Ce TOR constitue-t-il également un fil directeur, une suite logique de la passion qui vous anime ?


Oups, je n’avais pas lu les questions jusqu’au bout 😉! J’ai anticipé sur le Tor des Géants dans ma précédente réponse !
J’ai effectivement un véritable attrait pour cette épreuve. Cela fait déjà deux ans que j’y pense. C’est pour moi la suite logique à ma pratique du trail et de la course à pied en général. Sur route, j’ai fait des 10kms puis des semis puis des marathons. J’ai commencé le trail par 30kms puis 80kms, puis des ultras. Alors pourquoi pas un double ultra !
Et le Tor, c’est une ambiance, un cadre exceptionnel, un défi grandiose mais surtout une aventure que mon compagnon et moi souhaiterions vivre en même temps ! Alors nous croisons les doigts pour le verdict fin Février !

Pour nous lecteurs passionnés : avez-vous des petits conseils et autres astuces à nous partager ?


Je vis mes entraînements et mes courses encore comme une néophyte, au feeling, aux sensations et énormément au mental donc je ne peux donner de véritables conseils !
Simplement faites-vous plaisir, seuls ou en groupes, dépassez-vous aux entraînements comme en course et surtout écoutez votre corps et prenez soin de vous !

Nous finissons avec votre vision générale : Quelle est votre philosphie de vie ?


Tout faire, tout tenter, tout vivre, pour ne rien regretter !!!
Et le titre d’une chanson que mes enfants adorent : « Mouiller le maillot et mailler ! »

Interview réalisée par Rémi ARRAGON.

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